Quelles connexions Internet sur un voilier en long voyage, et pour quels usages ?
Starlink a marqué un tournant décisif dans l’accès à Internet sur les voiliers, et plus particulièrement au large, en assurant une couverture quasi mondiale. De très nombreux voiliers de voyage en sont aujourd’hui équipés, rendant les anciennes connexions basées sur Iridium beaucoup moins pertinentes pour un usage Internet courant.
Starlink ayant pour le moment une position dominante sur ce créneau, ses offres tarifaires évoluent fréquemment. À l’heure de la rédaction de ce document, les tarifs mentionnés sont devenus élevés pour un particulier sur un voilier en long voyage : 5,10 € le Go en mode Ocean à plus de 12 NM des côtes, abonnement Roam à 95 € avec la règle des 30 jours dans un pays, ou forfait Personal Maritime à 171 €.
Mon but n’est pas de discuter en détail de ces offres, déjà largement commentées sur les forums, mais de proposer des alternatives techniques viables et moins onéreuses face à Starlink, ou une utilisation modérée de Starlink au large.
Si l’on veut disposer d’Internet à bord, on peut désormais écarter Iridium pour cet usage : la technologie est beaucoup trop lente et reste coûteuse.
Je vais me concentrer sur une zone de navigation que je connais : l’océan Atlantique, la mer des Caraïbes et la Méditerranée.
1. Internet près des côtes
On peut normalement mettre en pause son abonnement Starlink pour 10 € par mois, puis réactiver un abonnement Roam avec l’option Ocean juste avant une longue navigation loin des côtes.
Près des côtes européennes, y compris aux Canaries et aux Açores, il est préférable d’utiliser une carte SIM 4G ou 5G dont le forfait inclut des données mobiles.
Le but n’est pas de dresser un panorama complet des offres, mais simplement de souligner quelques alternatives possibles.
Bref, tant que l’on reste proche des côtes, l’offre est large. Il suffit de choisir l’opérateur adapté à sa consommation pour conserver des coûts raisonnables, souvent autour de 30 € par mois, voire moins. Si l’on opte pour des cartes SIM locales, il est préférable de choisir des forfaits sans engagement lorsque la durée du séjour le justifie.
2. Internet lors de longues navigations au large ou en transatlantique
C’est là que les choses se compliquent : les cartes SIM ne fonctionnent qu’à proximité des côtes et, pour le moment, Starlink reste la seule solution dès qu'on est au large.
Personnellement, si mon voilier est déjà équipé de Starlink pour une transatlantique, j’activerais, si possible, le forfait Roam à 95 € pour un mois, avec sa limite de 30 jours au départ du pays où je me trouve, et l’option Ocean à 5,10 € le Go pour les données utilisées à plus de 12 NM des côtes. L’autre possibilité mentionnée est le forfait Personal Maritime à 171 € par mois, sans la limite des 30 jours, avec activation du mode Ocean au même tarif de 5,10 € le Go.
Oui, c’est cher. Il faut donc n’utiliser les données Internet que ponctuellement : couper l’accès au routeur Wi-Fi Starlink sur les smartphones, ordinateurs et tablettes, puis ne connecter que l’appareil nécessaire pour télécharger 2 fichiers GRIB, 2 fois par jour, soit 4 fichiers GRIB par jour, éventuellement avec un logiciel de routage, et échanger quelques messages WhatsApp ou e-mails sans pièces jointes volumineuses.
2 fichiers GRIB téléchargés 2 fois par jour, soit 4 gros fichiers GRIB par jour, couvrant tout l’Atlantique avec une maille de 0,25°, routage associé, et dix messages WhatsApp sans pièce jointe : environ 5 Go sur 20 jours, soit environ 25 € de données au tarif indiqué.
3. Limiter la consommation de données Starlink
Pour rester autour de 5 Go sur 20 jours, il est impératif de désactiver toutes les consommations parasites lorsque la connexion Starlink est active. Il faut notamment penser aux sauvegardes automatiques dans le cloud, susceptibles de démarrer en arrière-plan dès qu’un accès Internet est disponible.
Sur iPhone et iPad
- Activer le mode économie de données sur le réseau Wi-Fi Starlink.
- Couper Photos iCloud, la sauvegarde iCloud, les mises à jour automatiques et l’actualisation des applications en arrière-plan.
- Désactiver le téléchargement automatique des podcasts et de la musique.
- Dans WhatsApp, désactiver le téléchargement automatique des photos et vidéos ainsi que les sauvegardes iCloud.
Sur Android
- Définir le Wi-Fi Starlink comme réseau limité.
- Activer l’économiseur de données.
- Couper Google Photos, Google Drive et les mises à jour automatiques du Play Store.
- Dans WhatsApp, limiter le téléchargement automatique des médias.
Sur Windows
- Définir le réseau Starlink comme connexion limitée.
- Suspendre Windows Update et les synchronisations OneDrive, Dropbox ou Google Drive.
Sur Mac
- Activer le mode économie de données pour le Wi-Fi.
- Mettre en pause iCloud Drive, Photos, Dropbox et OneDrive.
- Éviter les mises à jour de macOS pendant la connexion.
Ne connecter au Wi-Fi Starlink que le smartphone ou l’ordinateur utilisé, puis le déconnecter immédiatement après avoir récupéré les fichiers GRIB et échangé quelques messages WhatsApp ou e-mails sans pièces jointes.
Un logiciel comme Silgrib WR est intéressant, car il permet d’effectuer des routages hors connexion à partir de la position courante et des derniers fichiers GRIB téléchargés.
En appliquant ces règles de manière stricte, mais compatible avec les besoins de sécurité à bord, on peut estimer qu’il est possible de rester sous les 5 Go pour environ 20 jours de navigation au large, soit autour de 25 € de coût Internet au tarif indiqué.
5. Près des côtes : mini-routeur et carte SIM IoT
Pour le tracking Navistep, il est préférable d’utiliser un partage de connexion dédié via un mini-routeur Wi-Fi équipé d’une carte SIM de type IoT. L’ensemble peut fonctionner en permanence à très faible coût, sans intervention régulière.
IoT, qu’est-ce que c’est ?
IoT signifie Internet of Things, en français Internet des objets. Il s’agit de l’ensemble des objets physiques connectés à Internet capables de collecter, d’envoyer ou de recevoir des données : montre connectée, thermostat intelligent, caméra de surveillance, capteur industriel ou, dans notre cas, boîtier de tracking Navistep envoyant à intervalles réguliers des positions GPS.
Dans ce cas, près des côtes, le boîtier Navistep partage la connexion d’un mini-routeur Wi-Fi équipé d’une carte SIM IoT, adaptée à une très faible volumétrie de données.
Carte SIM 1NCE
La carte SIM 1NCE est conçue avant tout pour l’IoT. Les liens ci dessous mentionnent un forfait standard de l’ordre de 500 Mo sur 10 ans pour 12 €. Avec une position GPS toutes les 10 minutes envoyée par Navistep pendant dix ans sans interruption, la consommation resterait inférieure à 450 Mo.
Prise en charge de la 2G/3G/4G, LTE-M et NB-IoT selon les pays, dans plus de 170 pays et territoires, ainsi qu’une bande passante maximale annoncée de 1 Mbit/s.
C’est donc adapté aux usages de type GPS, capteurs, stations météo ou télémétrie, mais pas à la fourniture d’un accès Wi-Fi général à des téléphones ou ordinateurs : quelques mises à jour pourraient consommer très rapidement le volume de données disponible.
Caractéristiques et couverture mentionnées dans les liens ci dessous :
Le tracker Navistep enregistre par ailleurs toutes les positions dans sa mémoire locale. En cas de coupure d’Internet dans une zone isolée, il peut, dès que la connexion revient, transmettre les positions manquantes.
6. Quel mini-routeur Wi-Fi utiliser avec une carte 1NCE ?
Deux contraintes sont mises en avant : le routeur doit être adapté à l’alimentation 12 V du voilier et permettre de modifier la configuration APN spécifique à une carte SIM 1NCE, généralement depuis sa page d’administration locale.
Configuration APN
Utilisateur : vide
Mot de passe : vide
Authentification : PAP
IP : IPv4
On obtient ainsi une solution IoT à moins de 50 € sur dix ans, autonome et adaptée au tracking Navistep tant que l’on reste près des côtes, sans dépendre du partage de connexion d’un smartphone et des risques de décharge ou d’oubli que cela implique.
8. À surveiller : l’arrivée de nouveaux opérateurs
De nouveaux opérateurs, potentiellement plus intéressants que Starlink, pourraient arriver sur le marché.
Differents documents mettent particulièrement en avant Amazon Leo, en indiquant qu’Amazon vise explicitement la haute mer et qu’en février 2026 l’entreprise aurait signé ses premiers accords de distribution maritime pour proposer Leo sur les grands océans.
Il mentionne également des performances annoncées pouvant atteindre, à terme, 1 Gb/s en téléchargement et 400 Mb/s en envoi sur certaines configurations, tout en rappelant qu’il s’agit de valeurs préliminaires et non d’une promesse de débit pour un petit voilier.
Pour nous, la grande inconnue reste le prix du petit terminal maritime et, surtout, le prix du Go en haute mer.
Si Amazon proposait une solution comparable à un « Leo Mini » maritime à quelques centaines d’euros, avec 20 à 50 Go pour environ 50 à 100 € par mois, cela pourrait fortement concurrencer le modèle Starlink actuel.
C’est la solution que je surveillerais en priorité pour 2027.